Une cour d'appel fédérale du Canada a redonné vie à une action en justice constitutionnelle pour le climat intentée par des jeunes contre le gouvernement canadien , lui permettant de se poursuivre en vue d'un procès dans un cadre plus restreint et infirmant partiellement la décision du tribunal de première instance qui avait ordonné le rejet de l'affaire dans son intégralité.
Dans son avis rendu le 13 décembre, la Cour d'appel fédérale du Canada a conclu qu'une partie des griefs soulevés dans l'affaire était recevable et qu'un procès permettrait d'évaluer si ce grief violait la Constitution. Déposée initialement en 2019 par 15 jeunes Canadiens, la poursuite La Rose c. Sa Majesté le Roi allègue que les politiques et les actions du Canada qui perpétuent l'utilisation des combustibles fossiles et aggravent la crise climatique constituent des violations des droits fondamentaux des jeunes garantis par la Charte canadienne des droits et libertés. La Cour d'appel a déterminé que les griefs fondés sur l'article 7 de la Charte, relatif aux droits à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne, devaient être examinés compte tenu des graves répercussions de la crise climatique.
« Après quatre ans, un tribunal a enfin reconnu la validité de nos expériences et la responsabilité du gouvernement envers la jeunesse », a déclaré la plaignante Lauren Wright dans un communiqué . « Avoir la possibilité de faire valoir nos droits devant un tribunal concernant notre plainte au titre de l'article 7 est un grand pas en avant qui me remplit d'espoir. »
Bien que la Cour ait affirmé que les autres prétentions dans cette affaire, notamment celles fondées sur la doctrine de la confiance publique et l'article 15 de la Charte, avaient été rejetées à juste titre, elle a contesté la décision du juge Michael Manson de la Cour fédérale du Canada, selon laquelle l'affaire était, dans son ensemble, trop politique et sans précédent pour justifier son rejet par les tribunaux. Le juge Manson a rejeté la poursuite dans une décision rendue en octobre 2020.
« Lorsque des revendications inédites fondées sur la Charte mettent à l’épreuve les limites d’un droit, il peut être nécessaire de tenir un procès afin de comprendre la nature de la loi, de la mesure exécutive ou du règlement, ainsi que le préjudice subi par les requérants. C’est le cas en l’espèce », a écrit le juge Donald J. Rennie dans la décision unanime de la Cour d’appel. La Cour a explicitement reconnu que « le fardeau de la lutte contre les conséquences [du changement climatique] touchera de façon disproportionnée les jeunes Canadiens » et que les impacts climatiques, comme les déplacements de population et la perte de culture, l’insécurité alimentaire et même la mort, sont « répandus et graves ».
« De retour sur la voie du procès »
La décision du tribunal fait suite à une audience tenue plus tôt cette année afin de déterminer si l'affaire devait être portée devant les tribunaux. Avant que le procès puisse avoir lieu, le tribunal a demandé aux avocats des plaignants de modifier leur plainte afin de la concentrer sur la contestation d'une action ou d'une politique gouvernementale particulière.
« C’est exactement ce que nous allons faire, et une fois la plainte modifiée, nous sommes confiants de pouvoir de nouveau engager une procédure judiciaire », a déclaré Andrea Rodgers, avocate principale en contentieux chez Our Children’s Trust – un cabinet d’avocats à but non lucratif qui initie et soutient les actions en justice intentées par des jeunes contre les gouvernements dans le cadre de la lutte contre le changement climatique et qui soutient la cause canadienne – à DeSmog. Elle a précisé que l’équipe juridique prévoit de déposer la plainte modifiée au début de l’année prochaine. Un procès pourrait être programmé pour débuter courant 2025.
Selon Rodgers, il est peu probable qu'à ce stade, les défendeurs du gouvernement interjettent appel devant la Cour suprême du Canada.
« Le gouvernement du Canada partage les préoccupations des Canadiens de partout au pays et convient que les changements climatiques constituent une priorité urgente et qu’il reste encore beaucoup à faire », a déclaré Hannah Boonstra, porte-parole d’Environnement et Changement climatique Canada, dans un communiqué.
« Il est également important de reconnaître le rôle de l’action collective dans la lutte contre les changements climatiques, et de souligner que les jeunes et les communautés autochtones sont parmi les fers de lance de la transition vers un avenir plus propre », a-t-elle ajouté. Mme Boonstra a indiqué que le gouvernement ne ferait aucun autre commentaire, l’affaire étant devant les tribunaux.
Le Canada figure parmi les plus grands émetteurs de polluants climatiques au monde et se classe au quatrième rang des producteurs de pétrole et au sixième rang des extracteurs de gaz fossile. Selon un rapport de septembre intitulé « Destructeurs de la planète » publié par Oil Change International, le Canada est en passe de devenir, après les États-Unis, le deuxième plus grand contributeur aux émissions cumulées de carbone provenant des nouveaux projets pétroliers et gaziers d'ici à 2050. Climate Action Tracker juge les progrès du Canada vers l'atteinte des objectifs de l'Accord de Paris « hautement insuffisants ». La décision de la Cour d'appel souligne que le Canada « n'a cessé de manquer les cibles d'émissions qu'il s'était fixées » et « est en voie de manquer également ses futures cibles d'émissions ».
Rodgers a déclaré que même si le gouvernement canadien reconnaît que les changements climatiques mettent en danger sa jeunesse, les actes sont plus éloquents que les paroles.
« Les émissions continuent d'augmenter, les oléoducs continuent d'être autorisés et le pétrole continue de couler », a-t-elle déclaré. « C'est pourquoi les tribunaux doivent intervenir et fixer des limites à ce qui est constitutionnellement admissible. Les promesses non tenues du gouvernement ne protégeront pas les jeunes du changement climatique. »

