Interview : Le Climategate a été vécu comme un désastre, mais la science du climat est aujourd'hui plus solide que jamais.

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« Il y a eu un véritable tollé », raconte Robert Brulle, se remémorant le moment où le scandale du Climategate a éclaté, il y a dix ans jour pour jour. Il se souvient avoir pensé que tout cela n'était que du bruit pour rien : une campagne de relations publiques coordonnée par les climatosceptiques pour discréditer la science du réchauffement climatique.

Brulle est professeur de sociologie et de sciences environnementales à l'université Drexel en Pennsylvanie. Il étudie le mouvement écologiste depuis plus de vingt ans et s'est récemment intéressé au financement du climatoscepticisme. D'une certaine manière, sa prédiction s'est avérée exacte. 

Plusieurs enquêtes ont conclu que les scientifiques à l'origine de la fuite des courriels provenant des serveurs de l'unité de recherche climatique de l'université d'East Anglia étaient innocents et, plus important encore, que la science du changement climatique restait incontestable. Il s'agissait donc bien d'une tempête dans un verre d'eau.


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Pourtant, ces courriels, présentés hors contexte sur des blogs climatosceptiques, semblaient accablants – à tel point qu’ils ont provoqué le plus grand scandale de l’histoire des sciences du climat. 

Des scientifiques de renom, dont Phil Jones, Michael Mann et Kevin Trenberth, ont été accusés de manipulation et de tromperie pour tenter de tirer de fausses conclusions sur le réchauffement climatique. L'objectivité du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations Unies a été mise en doute. Le processus d'évaluation par les pairs des nouvelles données scientifiques sur le climat a été présenté comme opaque et partial.

Cela ne pouvait pas tomber plus mal. L' ONU s'apprêtait à tenir sa conférence historique sur le climat à Copenhague, où beaucoup espéraient voir émerger de nouveaux objectifs contraignants de réduction des émissions. Lorsque Brulle analyse ses données sur l'inquiétude du public face au changement climatique, il constate un point de rupture au moment du Climategate. Les gens se souciaient réellement de l'action climatique ; soudain, ce n'était plus le cas.

« Le taux était inférieur à son pic de 2007, mais il restait assez élevé en 2009, et nous avions donc toutes ces aspirations pour que Copenhague prenne des mesures concrètes face au changement climatique », explique Brulle.

« Cet événement a été un véritable désastre en termes de relations publiques. C'était tout simplement catastrophique. Mes données montrent clairement une chute drastique de l'intérêt et du soutien du public envers la science du climat après cela. La baisse a été vertigineuse. »

Reconstitution

En d'autres termes, il ne fait aucun doute que le Climategate a profondément nui à la cause de la science du climat, y compris par ses conséquences personnelles sur les personnes impliquées. « Ma santé s'est détériorée. J'avais du mal à dormir et à manger. J'étais soumis à une pression intense et croissante et j'avais l'impression de m'effondrer. Rétrospectivement, je suppose que je faisais une sorte de dépression nerveuse », se souvient Phil Jones dans le Guardian.

Depuis le Climategate, un effort considérable a été déployé pour redorer l'image de la science du climat, explique Brulle. Cela a impliqué de communiquer avec plus de fermeté sur la vérité scientifique concernant le climat et de dénoncer la propagation de la désinformation – Brulle cite l'émergence de sites web comme Climate Nexus et Real Climate – mais aussi de mieux défendre les climatologues contre les attaques personnelles et ad hominem. Brulle déclare à DeSmog :

« Le Climategate a été un coup dur ; c'était inattendu. La communauté scientifique du climat n'était pas sur ses gardes et cela a gravement nui à la lutte contre le changement climatique, mais les chances que cela se reproduise aujourd'hui sont bien moindres grâce à tous ces efforts. »

Dans le même temps, le déni de la science climatique est devenu une position de plus en plus marginale, affirme-t-il, en soulignant qu'Exxon Mobil a été littéralement traduite en justice pour avoir tenté d'induire les investisseurs en erreur sur les risques liés au changement climatique. Bien que le « principal climatosceptique » siège toujours à la Maison-Blanche, les arguments autrefois courants – selon lesquels la science climatique serait un complot et les scientifiques seraient motivés par l'appât du gain – sont aujourd'hui moins utilisés, notamment au Congrès, constate Brulle.

« Ils cherchaient constamment à s'en prendre personnellement aux climatologues. Plutôt que de s'attaquer au message, ils s'attaquaient au messager, et le Climategate leur a offert une occasion en or », explique Brulle. « Je ne pense pas qu'ils aient changé de stratégie, mais je crois qu'ils ont moins d'occasions de la mettre en œuvre. Peut-être ont-ils dû la modifier, car le Climategate leur a fermé la porte. Ils sont obligés de s'attaquer à la science, et cela n'a plus le même impact qu'avant. »

Pour comprendre l’héritage du Climategate aujourd’hui, il convient toutefois de se tourner vers les scientifiques qui y ont participé à l’époque, explique Brulle – ceux qui se sont retrouvés pris au milieu de la mêlée et qui en sont ressortis plus forts. 

« Ils sont robustes, forts, combatifs, meilleurs qu'avant. La climatologie a subi de sérieux revers, mais elle les a surmontés et elle est de retour plus forte que jamais », affirme Brulle. « Voilà où nous en sommes. Les climatosceptiques n'ont pas baissé les bras, mais ils doivent désormais affronter une communauté scientifique du climat renouvelée, revitalisée et plus forte grâce au Climategate. »

Image principale : Robert Brulle. Crédit : Université Drexel

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