Ce billet de DeSmog UK, qui retrace l'histoire d'un jeune géologue, vous présente celui qui a rejoint la lutte contre les climatosceptiques afin de soutenir les conclusions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat ( GIEC ).
Bob Ward , directeur des politiques et de la communication au Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment de la London School of Economics, déteste voir le public mal informé sur les questions scientifiques.
Élève de terminale au lycée Southend School for Boys au milieu des années 80, il a lu un article du Guardian qui confondait le trou dans la couche d'ozone avec le réchauffement climatique, attribuant ce dernier aux aérosols.
Indigné, l'adolescent écrivit au rédacteur scientifique Tim Radford pour l'informer de l'erreur. Plus tard, alors doctorant en géologie, il devint farouchement anti-Greenpeace après avoir vu une de leurs affiches affirmant à tort qu'une zone proposée pour le stockage de déchets nucléaires était une zone sismique.
En 1999, après avoir passé 10 ans à essayer de terminer son doctorat en déformation expérimentale des roches et un bref passage comme journaliste scientifique pour le Daily Telegraph , il s'est retrouvé à travailler au département des politiques de la Royal Society.
Conférence d'Exxon
Quelques mois après sa prise de fonction, Ward fut invité à un séminaire au siège londonien d'Exxon . Brian Flannery , conseiller climatique de longue date d'ExxonMobil, devait y prendre la parole.
Au début de sa carrière d'astrophysicien, Flannery avait commencé à produire des travaux évalués par des pairs pour le GIEC . Chez Exxon, il commandait des études à des modélisateurs climatiques du MIT , auxquels il demandait de « tenir compte de l'incertitude inhérente à tout cela ».
Il était désormais sollicité pour s'entretenir avec les instances politiques et les hommes politiques britanniques afin d'expliquer que les conclusions du GIEC étaient loin d'être certaines et ne soutenaient pas des mesures aussi extrêmes que le protocole de Kyoto.
« Pourquoi Exxon a-t-elle autant de problèmes avec le GIEC ? », se souvient avoir pensé Ward à l'époque.
La campagne élargie
Le jeune géologue était déconcerté par toute cette mascarade : son travail à la Royal Society comprenait un projet sur la contribution de l'énergie nucléaire à la lutte contre le changement climatique, qui était « présenté comme un moyen important pour le Royaume-Uni de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, ce qui me semblait parfaitement raisonnable ».
Ward reconnaîtra plus tard le contexte du discours de Flannery : « Je ne m'en rendais pas compte à l'époque, mais cette réunion s'inscrivait dans une campagne plus large menée par la compagnie pétrolière pour s'opposer aux restrictions sur les émissions de gaz à effet de serre, y compris celles appliquées à la combustion des énergies fossiles. »
Aux États-Unis, Exxon s'est livrée à d'intenses efforts de lobbying contre le protocole de Kyoto, notamment par le biais de publicités remettant en question le fondement scientifique de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Tout cela a été changé par le président George W. Bush et le protocole de Kyoto.
En 2001, Ward dirigeait le service de presse de la Royal Society. Lorsque Bush annonça que les États-Unis ne ratifieraient pas le protocole de Kyoto – et qui plus est, qu'il doutait de sa validité scientifique –, la Royal Society s'associa à 15 autres académies nationales des sciences pour contrer le scepticisme de Bush en soutenant les principales conclusions du GIEC .
Dans le prochain épisode de la série historique épique DeSmog UK , Roger Bate et Julian Morris profitaient eux aussi au maximum des dépenses exceptionnelles d'Exxon.
Photo : Bob Ward via Twitter