Je n'aurais jamais cru vivre assez longtemps pour voir une orque en liberté, une perspective qui donne à réfléchir pour une trentenaire vivant dans le nord-ouest du Pacifique. Ou plutôt, je n'aurais jamais cru que les orques vivraient assez longtemps pour que je puisse les voir en liberté.
Je ne parle pas de rencontrer n'importe quelles orques ; je voulais rencontrer my orques, les 74 restantes résidents du sud en voie de disparition qui considèrent les eaux bleues et animées de la mer des Salish comme leur foyer.
Dans ce coin froid de l'océan Pacifique, à cheval sur l'État de Washington et la Colombie-Britannique, vivent les orques résidentes du Sud. font face à plus de défis que la plupart, s'en sortant même plus mal que leurs voisins immédiats, les Communauté de résidents du Nord, des orques similaires qui mènent une vie similaire en se nourrissant de saumon plus au nord le long de la côte Pacifique.
Mes orques, leurs corps renferment un pollution persistante, des produits chimiques industriels interdits depuis longtemps, qui sortent de leurs réserves de graisse les jours de disette et les épuisent. Leurs festins de saumon d'antan appartiennent au passé, car le saumon chinook est une denrée menacée, condamnée en partie par des décennies de barragesLes jours de faim reviennent plus souvent.
Mes orques, leurs têtes résonnent du tumulte du trafic maritime, transportant de l'huile et les plastiques et nous. Si un oléoduc d'expansion est construit au Canada, davantage de pétroliers y circuleront plus fréquemment.
Et mes orques, leurs bébés, s'ils naissent, sont marqués à mort dès la naissance et leurs Les mères sont profondément affligées dans cette société matriarcale.
Après onze ans passés à partager ma maison avec ces orques menacées, je les ai enfin vues, sept ou huit en tout, jeunes et vieilles, leurs ailerons dorsaux noirs fendant l'eau salée comme des lames. Assez près pour entendre leur respiration, je les ai observées faire le tour de l'île où je me trouvais, et où j'ai crié et couru pour mieux les voir.
D'abord un, puis deux, puis trois, et soudain, tous les corps sombres émergèrent. Ils poussèrent un soupir collectif avant de replonger sous les vagues, une famille retenant son souffle, comme mes amis et moi sur le rivage. Perchés sur une colline près d'un phare, nous les regardions longer un banc de varech flottant comme une nappe de pétrole, et nous observions le mouvement de leurs corps lisser la surface, comme s'ils y laissaient leur propre trace, sur un sillage éphémère le long d'une autoroute fluide.
Cette expérience m'a profondément marquée, me procurant une émotion d'une pureté incroyable, un mélange d'admiration et d'exaltation, une sensation particulière que je n'avais jamais éprouvée auparavant, même face à d'autres paysages majestueux ou à d'autres baleines. Je me sentais libérée de mes soucis quotidiens et emplie d'une joie immense, emplie d'un émerveillement profond. Nous pouvions entendre leur respiration ; pouvaient-elles nous entendre, entendre nos acclamations depuis la côte ? Combien d'autres groupes de fans inattendus ces baleines avaient-elles entendus les appeler ?
Observer des animaux menacés dans leur milieu naturel est une expérience unique et précieuse. Même si je ne les revoyais jamais, ou si leur population se rétablissait miraculeusement, je savais que je ne perdrais jamais ce sentiment inestimable de privilège, celui d'avoir été témoin de la présence de ces animaux si précieux à cet instant précis.
Ce jour-là, mes compagnons partageaient cette joie intense, ce sentiment collectif d'avoir assisté à un spectacle véritablement magique dans ce coin reculé des îles San Juan, dans l'État de Washington. Nous avons observé les immenses cétacés nager au large du territoire traditionnel des peuples Salish de la côte, et en présence de ces animaux, on comprend aisément pourquoi les habitants de cette région ont depuis longtemps ressenti un lien particulier avec eux, une vénération, une forme de parenté, un profond respect pour les baleines et pour les saumons qu'elles affectionnent tant.
Mes doigts, engourdis par le froid, agrippaient fermement les jumelles, et je vis les orques disparaître au loin, disparaître avec le soleil. Le lendemain matin, j'observerais un immense porte-conteneurs et une multitude de voiliers suivre le même parcours.
Mais dans ces instants empruntés avec des orques vivant sur du temps emprunté, je ne ressentais que de l'amour, mon cœur s'illuminant au coucher du soleil, submergé par un sentiment d'admiration face à la menace qui pèse sur elles.
Image principale : Des orques résidentes du Sud nagent dans le détroit d’Haro, au large des îles San Juan de l’État de Washington. Crédit : Ashley Braun
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