Les exploitants des sables bitumineux de l'Alberta refusent toujours de payer pour leur propre dépollution.

Les contribuables sont mis à contribution car l'industrie d'extraction du bitume continue de jouer selon ses propres règles.
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Vue aérienne d'une mine de sables bitumineux et d'un barrage de résidus de Syncrude dans le nord-est de l'Alberta.
Vue aérienne d'une mine de sables bitumineux et d'un barrage de résidus de Syncrude dans le nord-est de l'Alberta. Crédit : Wikimedia Commons

Dans un 2023 cinglant rapportDes chercheurs de l'Université de Calgary ont résumé la surveillance provinciale du secteur pétrolier par la phrase d'ouverture suivante : « La politique de l'Alberta concernant les puits de pétrole et de gaz inactifs et orphelins est un échec réglementaire massif caractérisé par un manque historique de transparence, un pouvoir discrétionnaire réglementaire excessif et une mainmise sur la réglementation… »

Cette tradition légendaire se poursuit apparemment avec nouvelles récentes que le gouvernement de l'Alberta ne cherchera pas à augmenter les garanties offertes par les exploitants de sables bitumineux malgré l'explosion des obligations de remise en état des mines, qui ont plus que doublé au cours des six dernières années pour atteindre une estimation officielle de 57.3 milliards de dollars. 

Seulement 3 % de ce montant est actuellement couvert par Programme de sécurité financière minière Le MFSP (Programme de gestion des mines) visait à protéger les Albertains contre les coûts de dépollution des mines, qui ont doublé par rapport aux estimations de 28 milliards de dollars en 2018. Au cours de cette période, le MFSP n'a connu qu'une augmentation de 17 %, entièrement imputable aux sociétés minières de charbon. 

Les exploitants de sables bitumineux n'ont versé qu'un seul dollar à ce fonds depuis 2010, en vertu de règles qui ne les obligent pas à effectuer de dépôts supplémentaires tant qu'il ne leur reste pas 15 années de réserves de bitume rentables. 

Que se passerait-il si l'extraction du bitume albertain, coûteux et de faible valeur, devenait non rentable à mesure que le monde se détourne des énergies fossiles ? Le contribuable albertain se retrouverait probablement à devoir payer des milliards de dollars en coûts de remise en état des mines, comme cela a déjà été le cas pour d'autres projets désastreux non financés, imposés au public par l'industrie pétrolière. 

En 2023, le vérificateur général de l'Alberta a estimé les coûts de dépollution des puits et pipelines de pétrole et de gaz conventionnels à 60 milliards de dollarsPourtant, l’Alberta Energy Regulator (AER) n’a recueilli que… 295 millions de dollars en matière de garanties de la part des entreprises qu'elle est censée superviser. Cela ne couvrirait que 0.5 % de cette dette colossale. 

Autrement dit, le gouvernement de l'Alberta a permis que chaque ménage albertain soit redevable de plus de 36 000 $ en passifs non financés liés aux puits et aux pipelines, accumulés par un extrêmement rentable Secteur industriel. Si l'on inclut également les 55 milliards de dollars de passifs non provisionnés des mines de bitume, la facture pour chaque foyer albertain pourrait dépasser 70 000 $ par foyer. 

Qui est en charge?

Cependant, même ce chiffre astronomique pourrait être largement sous-estimé. Pourquoi ? Parce que, selon les règles de l'AER, les entreprises soumettent chaque année leurs propres estimations de leur responsabilité en matière de remise en état. Des documents internes de 2018, obtenus grâce à la loi sur la liberté d'information, ont révélé que l'ancien vice-président de l'AER chargé de la fermeture et de la responsabilité estimait que les responsabilités réelles dépasseraient probablement ce montant. 260 milliards de dollars.

L'AER a reconnu un « défi important en matière de gestion du passif » dans son audit de 2023. Crédit : AER

L'AER a réagi promptement à cette couverture médiatique négative, non pas en réformant des règles de responsabilité manifestement inadéquates, mais en publiant un communiqué. excuses pour la publication de ces chiffres choquants et l'annonce de démission du président-directeur général d'AER le lendemain de la révélation de l'affaire. Problème réglé. 

Comment un organisme de réglementation peut-il faire preuve d'une telle irresponsabilité avec l'argent des contribuables ? Chose incroyable, l'AER n'est pas financée par le gouvernement de l'Alberta ; elle l'est par le biais de l'AER. Financé Elle est chargée de réglementer le secteur industriel, et ce depuis qu'elle a remplacé le Conseil de conservation des ressources énergétiques (ERCB) en 2013. Comme le dit le proverbe, « c’est celui qui paie le joueur de flûte qui choisit la musique ».

La mainmise du secteur réglementaire qui en découle se reflète dans les politiques publiques depuis plus d'une décennie. Auparavant, l'ERCB exigeait des exploitants de sables bitumineux qu'ils sèchent les fluides résiduaires avant la fermeture des installations. directive 074Le flux épais de déchets toxiques issus de la production de bitume est composé d'eau contaminée, d'argile en suspension, de métaux lourds et d'acides naphténiques, et a la consistance d'un yaourt. En l'absence de solution de traitement actuelle, les résidus sont stockés derrière qui fuit des barrages en terre dont le volume ne cesse de croître et qui dépassent désormais 1.4 billions litres. 

Toutes les entreprises d'exploitation des sables bitumineux ont manqué à leur engagement, pris dans la directive 074, de déshydrater ce site pollué, sans pour autant subir de sanctions ni de conséquences réglementaires. Au lieu de cela, l'AER a remplacé les anciennes règles par directive 085ce qui a permis de supprimer cette exigence problématique. Problème résolu.

Les plans de fermeture approuvés par l'AER permettent également aux entreprises jusqu'à 70 ans après la fin des revenus miniers, la remise en état des terres est achevée selon une méthode non éprouvée appelée couverture d'eauCe scénario douteux consiste à pomper la boue toxique issue des résidus miniers dans des fosses à ciel ouvert vides, à la recouvrir d'eau et à la qualifier de lac artificiel.  

Risque croissant

Ce n'est pas comme si les entreprises n'avaient pas les moyens de fournir des garanties supplémentaires pour protéger les contribuables albertains ou d'investir dans des efforts de dépollution crédibles avant la fermeture. Les exploitants des sables bitumineux ont accumulé… 35 milliards de dollars en bénéfices en 2022, dont une grande partie a été réinvestie dans rachats d'actions et les dividendes. L'encaissement des garanties de remise en état avant que les entreprises ne rencontrent des difficultés financières est la solution de prudence évidente qui n'est pourtant pas adoptée.

Comme on dit dans le monde des affaires, rien n'est gratuit. Les compagnies pétrolières ont peut-être pris le contrôle des organismes de réglementation provinciaux, mais les investisseurs privés constatent un risque croissant lié à l'accumulation des responsabilités environnementales permises par un contrôle gouvernemental aussi laxiste. 

Un récent rapport aux investisseurs averti« L’incertitude qui plane sur la remise en état des résidus des sables bitumineux engendre des risques réglementaires, de réputation et de litiges pour les sociétés dans lesquelles des investissements sont en cours, ce qui pourrait impacter les portefeuilles des investisseurs et la valeur actionnariale. » Ces risques ne feront que s’accentuer avec l’arrivée de nouveaux investisseurs. exigences de divulgation entrée en vigueur prochaine.

Les investisseurs dans les sables bitumineux pourraient déjà commencer à se retirer malgré les milliards investis dans les rachats d'actions, les dividendes et autres incitations offertes aux actionnaires. Les fonds communs de placement et les fonds négociés en bourse se sont délestés de leurs parts. 5 milliards de dollars en matière d'investissements privés dans les sables bitumineux au premier semestre 2024. Chevron vient de se délester de 6.5 milliards de dollars d'actifs dans les sables bitumineux, tout comme TotalEnergies en 2023. 

A Petit nombre Les entreprises canadiennes spécialisées dans l'extraction de bitume contrôlent désormais la grande majorité de la production des sables bitumineux. Cette concentration inquiétante de dettes non garanties aggrave encore les risques potentiels pour les contribuables, risques qui ne cessent de croître.

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Mitch Anderson est un journaliste basé à Vancouver qui couvre les questions climatiques et les industries extractives.

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