Un grand panneau d'affichage bleu se dresse devant un parc de Conegliano, dans le nord de l'Italie. À gauche, un homme avale un énorme grillon. À droite, on peut lire : « Changeons l'Europe avant qu'elle ne nous change », ainsi que les dates des prochaines élections.
L'affiche – une publicité pour la Ligue pour Salvini Premier, parti d'extrême droite italien – fait référence à une théorie du complot qui a déferlé sur l'Italie ces 18 derniers mois. Selon cette théorie, les élites bruxelloises projettent de remplacer la viande par des insectes et instrumentalisent la réglementation environnementale à cette fin.
Alors que des millions d'électeurs à travers l'UE s'apprêtent à se rendre aux urnes du 6 au 9 juin, les théories du complot et la désinformation sur l'alimentation et l'agriculture pourraient les pousser vers l'extrême droite et les partis opposés aux lois favorables au climat.
Face à ce déferlement de désinformation, DeSmog lance une nouvelle série d'enquêtes sur les allégations trompeuses et leur impact sur la politique climatique dans le secteur agricole.
Au cours des deux prochains mois, DeSmog surveillera la propagation de la désinformation sur le continent, en travaillant dans sept langues différentes. Nous nous efforcerons d'identifier les fausses informations et de démasquer les personnes qui diffusent ces récits en ligne.
L'agriculture est responsable de 11 % des émissions de carbone dans l'UE et a contribué au déclin dramatique des populations d'oiseaux et d'abeilles. Or, la lutte contre les méfaits de ce secteur est devenue l'un des sujets les plus controversés du continent, comme en témoignent les manifestations de tracteurs qui ont bloqué des autoroutes à travers l'Europe cette année.
Les manifestations, qui ont rassemblé des milliers d'agriculteurs dans plusieurs pays, reflétaient un large éventail de préoccupations, allant des prix alimentaires injustes aux appels à une meilleure protection contre les phénomènes météorologiques extrêmes. Pourtant, cette complexité a été largement ignorée par les médias, qui ont présenté les manifestations comme une opposition aux mesures environnementales.
Les groupes d'extrême droite ont également instrumentalisé les manifestations. En janvier, Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (anciennement Front national) pour les élections européennes, a accusé le président français Emmanuel Macron de poursuivre « la mort de l'agriculture », tandis que Santiago Abascal, chef du parti d'extrême droite espagnol Vox, a écrit à Macron pour exiger la fin des « agressions » contre les producteurs espagnols, qu'il a décrits comme des « victimes » de la politique de l'UE.
Aux yeux de ses détracteurs , les réformes environnementales adoptées lors de la précédente législature européenne détruiraient l'agriculture. Les projets visant à réduire l'utilisation de produits chimiques et à obliger les agriculteurs à protéger les habitats naturels entraîneraient, selon eux, des pertes d'emplois considérables. Ces mêmes arguments sont avancés par les entreprises agroalimentaires qui risquent d'être perdantes si ces réformes sont mises en œuvre.
Les opposants les plus extrémistes, notamment les think tanks d'extrême droite et les groupes agricoles intransigeants, perçoivent les réformes vertes comme faisant partie d'un plan des bureaucrates bruxellois visant à contrôler le secteur et à « accaparer les terres ».
Ces affirmations contredisent pourtant les faits : l’an dernier, plus de 6 000 scientifiques ont déclaré que de telles mesures respectueuses de l’environnement étaient « la pierre angulaire de la sécurité alimentaire et de la santé humaine ».
Les politiques actuellement critiquées visent à lutter contre le dérèglement climatique, principale menace pour les producteurs de l'UE, qui subissent déjà les effets du réchauffement climatique. Selon l'Observatoire européen de la sécheresse, une part considérable du continent a été exposée à un risque élevé de sécheresse ces dernières années, entraînant des pertes de récoltes importantes.
Les groupes de droite et d'extrême droite ont tout à gagner à attiser ces tensions. Une étude récente du Comité des régions de l'UE montré que les zones rurales mécontentes pourraient constituer une source importante de votes.
Cette série mettra en lumière les candidats qui instrumentalisent de fausses allégations à des fins électorales.
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