Le deuxième jour des manifestations « People vs. Fossil Fuels » à Washington, D.C., des centaines de personnes ont marché jusqu'à la Maison-Blanche, appelant une nouvelle fois le président Biden à reconnaître l'urgence climatique et à suspendre l'approbation de nouveaux projets d'exploitation des énergies fossiles. Plus de 150 personnes ont été arrêtées pour avoir refusé de dégager le trottoir devant la Maison-Blanche, au lendemain d'arrestations similaires ayant conduit à l'évacuation de 136 personnes. Après l'évacuation des derniers manifestants par la police des parcs, un second rassemblement s'est tenu devant le quartier général du Corps des ingénieurs de l'armée américaine. Plus d'une centaine de militants écologistes y ont manifesté leur opposition à la construction, récemment achevée, de l'oléoduc Line 3 d'Enbridge, destiné à transporter des sables bitumineux.
Les opposants au projet d'oléoduc Line 3, dans le nord du Minnesota, se battent depuis sa première proposition en 2014. Enbridge, le propriétaire du projet, affirme que l'oléoduc remplace un ancien pipeline vétuste construit dans les années 1960, mais les opposants contestent cette affirmation. Ils soutiennent qu'il s'agit d'un nouvel oléoduc et non d'un remplacement, car Line 3 est plus long et traverse une zone différente de celle de l'ancien pipeline, notamment des terres traditionnelles anishinaabe.
Le nouvel oléoduc permet de transporter presque deux fois plus de pétrole brut lourd, soit près d'un million de barils par jour, depuis les champs de sables bitumineux canadiens de Hardisty, en Alberta, jusqu'à leur point d'arrivée situé à plus de mille kilomètres de là, à Superior, dans le Wisconsin.
Les tribus Ojibwés sont à l' avant-garde de l'opposition au projet Line 3 , aux côtés d'autres groupes autochtones et environnementaux. Le 12 octobre, des chefs autochtones et leurs sympathisants ont remis un million de pétitions au siège du Corps des ingénieurs de l'armée américaine, demandant à l'administration Biden d'arrêter le projet et de mener une étude d'impact environnemental complète. Jamie Pinkham, secrétaire adjoint par intérim de l'armée chargé des travaux publics, accompagné de ses collaborateurs, est venu réceptionner les boîtes contenant les pétitions.
L'événement était organisé par Honor The Earth, une organisation de justice environnementale dirigée par des Autochtones et basée dans le nord du Minnesota, avec le soutien de Seventh Generation, du Women's Earth and Climate Action Network (WECAN) et de la coalition People vs. Fossil Fuels. Les pétitions ont été recueillies par des groupes communautaires et de justice environnementale, notamment Braided Justice Collective, Friends of the Earth, Health Professionals for a Healthy Climate et 350.org.
Lors d'une conférence de presse, le groupe a organisé une cérémonie avec des tambours anishinaabe devant le bâtiment où ils ont remis les pétitions au Corps des ingénieurs de l'armée.
De nombreux intervenants ont décrit les dégâts que, selon eux, l'oléoduc Line 3 cause déjà et que les autorités environnementales ignorent. Des manifestants ont présenté des photos attestant des dommages environnementaux causés aux cours d'eau le long du tracé de construction de l'oléoduc.
Selon les organisateurs, « l’oléoduc produira des émissions de carbone équivalentes à celles de 50 centrales au charbon et, traversant plus de 227 lacs et rivières, la ligne 3 menace l’eau potable de 18 millions de personnes ainsi que la santé et le bien-être de beaucoup d’autres. »
Deux militants ont escaladé des poteaux devant le bâtiment du Corps des ingénieurs de l'armée américaine. L'un d'eux a décroché le drapeau américain et celui du Corps des ingénieurs, les remplaçant par un drapeau « Consentement libre, éclairé et préalable » sur lequel on pouvait lire : « La consultation n'est pas un consentement. »
Comme l'a déjà rapporté DeSmog : « Les projets d'exploitation des combustibles fossiles sur les terres autochtones violent souvent le principe du consentement libre, préalable et éclairé, un concept qui exige non seulement la consultation des peuples autochtones concernant les projets sur leur territoire, mais aussi leur consentement. Ce principe est au cœur de la Déclaration universelle des droits des peuples autochtones (DNUDPA), une résolution mondiale adoptée par 144 nations en 2007. » Les États-Unis s'étaient initialement opposés à cette déclaration, avant de revenir sur leur position des années plus tard.
Les gardes de sécurité du quartier général du Corps des ingénieurs de l'armée se sont repliés à l'intérieur. Quelques opposants autochtones au pipeline ont utilisé des bandanas et des attaches autobloquantes pour verrouiller les portes de l'extérieur. Au bout d'une quinzaine de minutes, des policiers postés à l'extérieur des bâtiments ont forcé les portes pour faire entrer une personne. La manifestation s'est dispersée sans qu'aucune arrestation ne soit effectuée.
Au cours des trois prochains jours, des centaines de militants écologistes devraient se rendre au domicile de Joe Biden pour exiger des mesures plus énergiques face à la crise climatique. De nombreux manifestants devraient également participer à des actions de désobéissance civile. Le calendrier de ces manifestations vise à mettre en lumière leur message auprès du président avant la COP26, le sommet sur le climat qui se tiendra le mois prochain à Glasgow, en Écosse.
Les personnes arrêtées aujourd'hui ont été relâchées sans amende. Demain matin, l'action reprend : les militants retourneront à la Maison-Blanche afin de se faire entendre de Biden.
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